La tension géopolitique au Moyen-Orient a franchi un nouveau cap ces derniers jours. Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a déclaré vouloir maintenir la fermeture du Détroit d'Ormuz comme levier stratégique face aux États-Unis et à Israël.
Dans ses premières déclarations publiques depuis sa prise de pouvoir, il a affirmé que le blocage de cette voie maritime stratégique devait continuer à être utilisé comme outil de pression.
Cette annonce a immédiatement secoué les marchés énergétiques mondiaux : le prix du pétrole a bondi d’environ 9%, atteignant près de 100 dollars le baril, les investisseurs anticipant l’une des perturbations les plus sévères jamais observées dans l’histoire de l’approvisionnement énergétique mondial.
Mais pourquoi ce passage maritime est-il si crucial ? Et surtout, quelles sont les conséquences concrètes d’une fermeture du détroit d’Ormuz sur la chaîne d’approvisionnement pétrolière mondiale ?
Le détroit d’Ormuz : un point de passage stratégique pour l’énergie mondiale
Le Détroit d'Ormuz est l’un des passages maritimes les plus importants du Globe.
Chaque jour, près de 20% du pétrole consommé dans le monde et une part importante du gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par ce corridor maritime situé entre l’Iran et Oman.
Les principaux producteurs du Moyen-Orient dépendent fortement de cette route maritime, notamment :
- l'Arabie saoudite
- l'Irak
- le Koweït
- les Émirats arabes unis
- le Qatar
Lorsque ce détroit est bloqué, les tankers ne peuvent plus charger ni transporter le pétrole, ce qui paralyse immédiatement une partie majeure du commerce énergétique mondial.
Une interruption massive de l’approvisionnement pétrolier
La fermeture du détroit provoque un effet domino sur toute la chaîne d’approvisionnement.
Les producteurs de pétrole du Golfe doivent réduire leur production, car ils ne peuvent plus expédier leurs cargaisons vers les marchés internationaux.
Dans certains cas, le pétrole est redirigé vers des installations de stockage, mais ces infrastructures se remplissent rapidement. Une fois les capacités saturées, les producteurs n’ont souvent d’autre choix que de fermer temporairement certains puits de pétrole.
Ce scénario est considéré comme l’un des pires chocs possibles pour le système énergétique mondial, car les capacités de production excédentaires ailleurs dans le monde sont insuffisantes pour compenser rapidement le manque.
Des conséquences immédiates sur l'inflation
La première conséquence visible d’une fermeture du Détroit d'Ormuz est la flambée des prix de l’énergie.
Les marchés réagissent extrêmement rapidement à toute perturbation de l’offre mondiale. Dans ce contexte :
- le prix du pétrole brut augmente fortement
- les prix de l’essence et du diesel suivent la même tendance
- le carburant aérien devient plus cher
- les prix du gaz et de l’électricité augmentent
Cette hausse se répercute rapidement dans l’économie réelle. Les entreprises de transport, les industries lourdes et les compagnies aériennes voient leurs coûts d’exploitation grimper brutalement.
Or l’énergie est un intrant essentiel dans presque tous les secteurs économiques : production industrielle, transport des marchandises, agriculture ou encore logistique. Lorsque les coûts énergétiques augmentent, les entreprises sont souvent contraintes de répercuter une partie de ces hausses sur leurs prix de vente.
Résultat : à l’échelle mondiale, la hausse du prix de l’énergie alimente rapidement l’inflation, en renchérissant le coût de nombreux biens et services du quotidien.
L’Asie : la région la plus vulnérable
Les économies asiatiques sont particulièrement exposées à une perturbation du Détroit d'Ormuz. De nombreux pays d’Asie, tels que la Chine et la Corée du Sud, dépendent fortement des importations d’énergie provenant du Moyen-Orient.
Face à la crise, certains gouvernements ont déjà pris des mesures d’urgence :
- limitation des exportations de carburant
- plafonnement des prix de l’énergie
- mesures de rationnement ou d’économie d’énergie
Ces décisions illustrent la dépendance énergétique structurelle de l’Asie vis-à-vis du Moyen-Orient.
Existe-t-il des routes alternatives ?
Certaines infrastructures permettent de contourner partiellement le détroit d’Ormuz, mais elles restent limitées.
Par exemple :
- l’oléoduc East-West Pipeline en Arabie saoudite peut transporter jusqu’à 5 millions de barils par jour vers la mer Rouge
- le pipeline Habshan–Fujairah aux Émirats arabes unis permet d’exporter une partie du pétrole sans passer par le détroit
Cependant, ces infrastructures ne peuvent pas compenser totalement le volume qui transite habituellement par Ormuz.
Des perturbations également sur les raffineries et le gaz
Certaines raffineries du Golfe ont dû interrompre leurs exportations de carburant, faute de pouvoir expédier leurs produits à travers le Détroit d'Ormuz. Lorsque les routes maritimes sont bloquées, les raffineries continuent parfois à produire pendant un temps limité, mais leurs capacités de stockage se remplissent rapidement, les obligeant ensuite à ralentir ou arrêter certaines unités de production.
Par exemple, la gigantesque raffinerie Al Zour au Koweït, capable de traiter environ 615 000 barils par jour, joue un rôle clé dans l’approvisionnement en carburant aérien pour l’Europe et l’Afrique. Si ses exportations sont interrompues, les marchés internationaux du kérosène peuvent rapidement se tendre, ce qui affecte directement les compagnies aériennes.
D’autres infrastructures ont également été directement touchées par des attaques. La raffinerie de Sitra opérée par Bapco Energies à Bahreïn, capable de traiter environ 380 000 barils par jour, a été endommagée et contrainte de déclarer un cas de force majeure. De son côté, Saudi Aramco a dû fermer temporairement sa plus grande raffinerie située à Ras Tanura après une attaque de drone, ce site étant également le plus important terminal d’exportation pétrolière du pays.
Même si le conflit devait s’arrêter rapidement, le redémarrage complet des infrastructures énergétiques pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les raffineries endommagées doivent être inspectées, réparées et sécurisées avant de reprendre leur activité. De plus, certains champs pétroliers ayant réduit leur production peuvent mettre du temps à retrouver leur niveau normal, car la pression dans les gisements peut être affectée par un arrêt prolongé.
Enfin, les installations de gaz naturel liquéfié pourraient également subir des retards. Au Qatar, par exemple, certaines unités de production de GNL pourraient nécessiter plusieurs semaines pour redémarrer après un arrêt complet, ce qui prolongerait encore les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Un transport maritime sous haute tension
La fermeture du Détroit d'Ormuz entraîne également une forte perturbation du transport maritime mondial. Cette voie maritime étant l’un des principaux corridors énergétiques de la planète, son blocage paralyse une grande partie du trafic de pétroliers reliant le Moyen-Orient aux marchés internationaux.
De nombreux tankers se retrouvent ainsi immobilisés de part et d’autre du détroit, attendant une éventuelle réouverture ou des garanties de sécurité avant de reprendre leur route. Cette situation crée rapidement un embouteillage maritime et désorganise les chaînes logistiques de l’industrie pétrolière.
Par ailleurs, les risques d’attaques de drones, de missiles ou de sabotages dans la zone ont fortement augmenté depuis le début du conflit. Face à ces menaces, les assureurs maritimes relèvent fortement leurs primes pour couvrir les navires traversant la région, tandis que certaines compagnies de transport exigent des surcoûts pour compenser les risques supplémentaires. Ces tensions se traduisent également par des délais de livraison plus longs, car les armateurs adoptent des routes plus prudentes ou suspendent temporairement certaines traversées.
Au final, l’ensemble de ces facteurs contribue à renchérir durablement les coûts du transport maritime et maintient une pression importante sur les prix mondiaux de l’énergie.
Ce qu’il faut retenir
La fermeture du Détroit d'Ormuz représente l’un des chocs énergétiques les plus graves possibles pour l’économie mondiale. Ce corridor maritime est essentiel au commerce international de pétrole et de gaz, et toute perturbation de son fonctionnement a des répercussions immédiates sur les marchés de l’énergie et sur l’économie globale.
Ses effets sont multiples : une forte réduction de l’offre mondiale de pétrole, une flambée des prix de l’énergie, des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement internationales, une accélération de l’inflation et des tensions économiques accrues, notamment en Asie qui dépend fortement des importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient.
Au-delà du marché pétrolier, ces perturbations peuvent également affecter le transport maritime, l’industrie, l’agriculture ou encore les marchés financiers. Tant que la situation géopolitique restera instable dans la région, les marchés de l’énergie resteront extrêmement sensibles à tout événement autour de ce passage stratégique, ce qui pourrait maintenir une forte volatilité des prix du pétrole et du gaz à l’échelle mondiale.
Cet article a été rédigé par un expert Devyzz, avec plus de 10 ans d’expérience sur les marchés des devises. Devyzz est une FinTech spécialisée dans les paiements internationaux et la gestion du risque de change pour les PME et ETI.