Dix ans après le référendum de 2016 et près de six ans après la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’hypothèse d’un retour dans l’UE n’est plus totalement taboue. Ces dernières semaines, plusieurs déclarations politiques et sondages ont relancé une question qui semblait encore largement théorique : le Royaume-Uni pourrait-il, un jour, revenir dans l’Union européenne ?
Le sujet a pris une nouvelle dimension en cette fin septembre 2026, lorsque le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré qu’il était prêt à examiner toutes les options, y compris celle d’une réadhésion complète à l’Union européenne.
Pour les entreprises britanniques et européennes, la question dépasse largement le débat politique. Une évolution de la relation entre Londres et Bruxelles pourrait modifier les conditions du commerce, les chaînes d'approvisionnement, la mobilité des travailleurs et, plus largement, l'environnement économique dans lequel évoluent les entreprises des deux côtés de la Manche.
Brexit : où en est aujourd'hui la relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ?
Le Royaume-Uni a officiellement quitté l'Union européenne le 31 janvier 2020, avant de sortir du marché unique et de l'union douanière à la fin de la période de transition, le 31 décembre 2020. Depuis, les relations commerciales reposent principalement sur le Trade and Cooperation Agreement (TCA).
L'accord permet notamment un commerce de biens sans droits de douane ni quotas lorsque les règles d'origine sont respectées, mais les entreprises doivent désormais gérer davantage de formalités douanières, de contrôles, de contraintes réglementaires et de procédures administratives. La sortie du marché unique signifie également que les entreprises ne bénéficient plus de la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes dans les mêmes conditions qu'auparavant.
Ces nouvelles barrières ont un coût économique. L'Office for Budget Responsibility (OBR) estime que la relation commerciale post-Brexit pourrait réduire à long terme la productivité britannique d'environ 4% par rapport à un scénario dans lequel le Royaume-Uni serait resté membre de l'UE. Ce chiffre ne signifie pas que le PIB britannique est aujourd'hui 4% inférieur à cause du Brexit, mais qu'à long terme le niveau de productivité serait inférieur à celui attendu dans ce scénario contrefactuel.
Mais la relation entre Londres et Bruxelles est désormais en train d'évoluer. Depuis l'arrivée du gouvernement travailliste, le Royaume-Uni a engagé un « reset » de ses relations avec l'UE. Le sommet Royaume-Uni-UE de mai 2025 a notamment lancé un nouveau partenariat stratégique et plusieurs négociations destinées à réduire les frictions commerciales. Londres et Bruxelles travaillent notamment sur un accord sanitaire et phytosanitaire, le rapprochement de leurs marchés carbone et une coopération accrue dans l'énergie, la défense et la mobilité des jeunes.
Le Royaume-Uni cherche donc déjà à reconstruire certains des liens économiques qu'il avait choisi de rompre avec le Brexit.
Et c'est précisément ce qui rend les déclarations récentes sur une éventuelle réadhésion particulièrement intéressantes : le débat britannique n'est plus seulement de savoir comment faire fonctionner le Brexit, mais jusqu'où le Royaume-Uni doit aller dans son rapprochement avec l'Europe.
Andy Burnham relance le débat sur un retour dans l'UE
C'est dans ce contexte que les déclarations d'Andy Burnham prennent une importance particulière.
Lors de la conférence annuelle du Labour fin septembre, le Premier ministre britannique a appelé à examiner l'ensemble des options possibles pour définir la future relation du Royaume-Uni avec l'Europe.
Parmi les scénarios évoqués figurent notamment la poursuite du rapprochement actuel avec l'UE, une éventuelle participation à l'union douanière, un rapprochement avec le marché unique et, à plus long terme, une réadhésion à l'Union européenne. Burnham est en effet allé jusqu'à déclarer qu'il était prêt à envisager d'aller « all the way », autrement dit à ne pas exclure l'hypothèse d'un retour complet dans l'UE.
Dans une interview accordée à Reuters, il a par ailleurs estimé que le Brexit avait finalement davantage nui que bénéficié au Royaume-Uni, notamment sur le plan économique et concernant la question migratoire.
Le changement de ton est loin d'être anodin. Pendant plusieurs années, le débat politique britannique reposait largement sur l'idée que le Brexit était désormais acquis et qu'il fallait simplement en faire fonctionner les conséquences. Même les partisans d'un rapprochement avec Bruxelles excluaient généralement toute perspective de retour dans le marché unique, l'union douanière ou, a fortiori, l'Union européenne.
En 2026, cette ligne semble progressivement évoluer : la question n'est plus seulement de savoir comment gérer le Brexit, mais jusqu'où le Royaume-Uni pourrait revenir vers l'Europe.
Une opinion britannique de plus en plus favorable à l'Europe
Le changement de ton politique intervient alors que l'opinion publique britannique a elle aussi progressivement évolué depuis le référendum de 2016.
Selon une enquête YouGov réalisée en juin 2026, 57% des Britanniques estiment désormais que le Royaume-Uni a fait le mauvais choix en quittant l'Union européenne, contre 30% qui considèrent au contraire que le Brexit était la bonne décision.
Cette évolution se retrouve lorsqu'on interroge directement les Britanniques sur une éventuelle réadhésion. Un sondage YouGov cité fin septembre fait ainsi apparaître 55% de personnes favorables à un retour dans l'Union, contre 34% qui y sont opposées.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : la formulation de la question et les conditions d'un éventuel retour jouent un rôle déterminant. Lorsque le sondage précise que le Royaume-Uni devrait réintégrer l'UE sans nécessairement retrouver les dérogations dont il bénéficiait avant le Brexit (notamment le maintien de la livre sterling, l'absence de participation à l'espace Schengen ou certaines particularités en matière de justice et d'affaires intérieures) le rapport de force s'inverse : 35% se déclarent favorables, contre 43% opposés.
Une autre enquête, menée auprès de plus de 11 000 Britanniques par le Messina Group, confirme néanmoins cette évolution : 49% des personnes interrogées se déclarent favorables à une réadhésion à l'UE, contre 28,5% qui y sont opposées. La réadhésion arrive même en tête parmi plusieurs scénarios envisagés pour l'avenir de la relation avec l'Europe. Le maintien de la relation actuelle avec une réduction maximale des barrières commerciales recueille 48% de soutien, tandis qu'une union douanière obtient 47%.
Enfin, une enquête YouGov réalisée en septembre à l'échelle des circonscriptions britanniques va dans le même sens : la réadhésion à l'UE apparaît comme l'option préférée dans toutes les circonscriptions sauf quatre.
Ces résultats ne signifient évidemment pas qu'un nouveau référendum serait imminent, ni que les Britanniques seraient prêts à accepter n'importe quelles conditions pour rejoindre l'Union.
Ils montrent néanmoins une évolution importante : la réadhésion à l'Union européenne, longtemps considérée comme politiquement irréaliste, est désormais redevenue une option que l'opinion publique britannique envisage ouvertement.
Même une partie des électeurs de Reform UK veut se rapprocher de l'Europe
Le phénomène est d'autant plus intéressant qu'il dépasse les électeurs traditionnellement favorables à l'Europe. Même une partie de l'électorat de Reform UK, le parti de Nigel Farage (figure de proue politique du vote pour la sortie de l'UE), estime aujourd'hui que le Royaume-Uni devrait entretenir des liens plus étroits avec le bloc.
Selon une enquête réalisée par Public First pour Politico et publiée fin septembre, 51% des électeurs de Reform UK considèrent que la relation actuelle avec l'Union européenne est trop distante, contre seulement 25% qui pensent le contraire. À l'échelle de l'ensemble de l'électorat britannique, 70% des personnes interrogées souhaitent par ailleurs une relation plus étroite avec Bruxelles.
Ce résultat est particulièrement révélateur car Reform UK reste profondément associé au Brexit et à une volonté de préserver l'indépendance du Royaume-Uni vis-à-vis des institutions européennes. Le fait qu'une majorité de ses électeurs juge malgré tout la relation actuelle trop distante montre que le débat est en train de se déplacer.
Pour autant, il serait excessif d'en conclure que ces électeurs souhaitent rejoindre l'UE. Le rapprochement peut prendre des formes très différentes : faciliter les échanges commerciaux, réduire les contrôles aux frontières, renforcer la coopération dans certains secteurs ou encore négocier de nouveaux accords avec Bruxelles, sans pour autant revenir sur le principe du Brexit.
C'est précisément ce qui rend l'évolution de l'opinion britannique intéressante : le clivage ne porte plus uniquement sur la question de savoir s'il fallait ou non quitter l'Union européenne, mais de plus en plus sur le niveau de proximité que le Royaume-Uni souhaite désormais entretenir avec elle.
La réaction de l'Europe : « Welcome back »
Les déclarations d'Andy Burnham ont rapidement suscité des réactions favorables de l'autre côté de la Manche. Dès le 30 septembre 2026, au lendemain de son discours à la conférence annuelle du Labour, les dirigeants français et espagnol ont publiquement salué l'hypothèse d'un rapprochement avec le Royaume-Uni.
En déplacement à Madrid, le président français Emmanuel Macron a accueilli l'idée d'une éventuelle réadhésion britannique avec un « Welcome back ». Il a ajouté que ce serait une « très bonne nouvelle » pour le Royaume-Uni comme pour les Européens si Londres décidait d'aller dans cette direction. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'est lui aussi déclaré prêt à « ouvrir les bras » au Royaume-Uni en cas de candidature à une nouvelle adhésion.
Cet accueil politique ne signifie toutefois pas que Bruxelles accepterait automatiquement les conditions britanniques. Macron a immédiatement rappelé un principe essentiel : le Royaume-Uni ne pourrait pas choisir à la carte les avantages de l'Union sans accepter les obligations qui les accompagnent. Autrement dit, un accès privilégié au marché unique implique notamment d'accepter les règles communes qui le régissent.
La Commission européenne a adopté une position plus institutionnelle : elle considère le Royaume-Uni comme un partenaire proche et important, mais rappelle que c'est d'abord à Londres de définir ce qu'il souhaite pour la relation future. Bruxelles se dit ensuite prête à examiner les différentes options proposées.
C'est probablement l'un des points les plus importants dans l'hypothèse d'une réadhésion. Le Royaume-Uni pourrait revenir vers l'Europe, mais il ne retrouverait pas nécessairement les conditions dont il bénéficiait avant le Brexit. Une nouvelle adhésion devrait être négociée dans le cadre des règles applicables aux États membres, avec des concessions et des obligations différentes de celles obtenues avant 2020.
Le Royaume-Uni ne pourrait probablement pas simplement « annuler » le Brexit
L'expression « annuler le Brexit » est pratique pour résumer le débat, mais elle ne correspond à aucune procédure juridique permettant au Royaume-Uni de retrouver automatiquement son ancien statut.
Si Londres décidait un jour de redevenir membre de l'Union européenne, il ne pourrait donc pas simplement revenir au statu quo d'avant 2020. Le Royaume-Uni devrait déposer une nouvelle candidature à l'adhésion, selon la procédure prévue par l'article 49 du Traité sur l'Union européenne.
Le cadre juridique européen est d'ailleurs explicite sur ce point : l'article 50 prévoit qu'un État qui a quitté l'Union et souhaite y adhérer à nouveau doit passer par la procédure de l'article 49.
Concrètement, un retour impliquerait notamment :
- une demande officielle d'adhésion adressée à l'Union européenne ;
- l'accord des États membres pour engager le processus ;
- des négociations sur les conditions d'adhésion ;
- l'acceptation de l'acquis communautaire, c'est-à-dire l'ensemble des règles et obligations européennes ;
- un accord unanime des États membres sur le traité d'adhésion ;
- la ratification de cet accord par les États concernés, conformément à leurs procédures constitutionnelles.
Le Royaume-Uni devrait également satisfaire aux critères de Copenhague, qui portent notamment sur la stabilité des institutions démocratiques, l'État de droit, les droits fondamentaux, le fonctionnement d'une économie de marché et la capacité à appliquer les règles européennes.
La question des conditions d'adhésion serait particulièrement importante. Le Royaume-Uni ne pourrait pas nécessairement récupérer les dérogations dont il bénéficiait avant le Brexit, notamment celles concernant l'euro ou l'espace Schengen. Certaines exceptions obtenues lors de l'ancienne adhésion pourraient devoir être renégociées, voire ne plus être disponibles.
Autrement dit, un retour dans l'UE serait une nouvelle adhésion, et non un simple « reset » du Brexit. Entre une éventuelle décision politique de Londres et un retour effectif dans l'Union, plusieurs années de négociations et de ratifications pourraient être nécessaires.
Quel impact sur la paire EUR/GBP ?
La question de la réadhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne pourrait également avoir des répercussions importantes sur la paire EUR/GBP, et donc sur la valeur de la livre face à l'euro.
Avant le référendum de juin 2016, la livre évoluait autour de 0,76 à 0,78 GBP pour 1 EUR. À l'approche du vote, les marchés ont progressivement intégré le risque d'une sortie de l'Union. La Banque d'Angleterre constatait déjà avant le scrutin que les marchés des changes anticipaient une dépréciation potentiellement importante de la livre en cas de Brexit.
Le résultat du référendum a ensuite provoqué un mouvement particulièrement brutal. L'EUR/GBP a ainsi constaté des pics au-delà des 0.90 en quelques jours à peine. La dépréciation de la livre reflétait notamment l'anticipation d'une détérioration des perspectives de croissance, des échanges commerciaux et de la capacité d'offre du Royaume-Uni.
Cette réaction est intéressante pour le scénario inverse. Si les marchés ont intégré une prime de risque liée au Brexit dans la valeur de la livre, un rapprochement significatif avec l'Union européenne pourrait, en théorie, conduire à une partie du mouvement inverse. Une perspective de réadhésion réduirait certaines incertitudes sur les relations commerciales, l'accès au marché européen et les investissements, ce qui pourrait soutenir la livre face à l'euro.
Mais il ne faut pas imaginer un simple « retour au niveau d'avant-Brexit ». D'abord parce que les marchés anticipent les événements avant qu'ils ne se produisent : si la probabilité d'une réadhésion devenait crédible, une partie de l'appréciation de la livre pourrait intervenir bien avant une éventuelle adhésion effective. Ensuite, le taux EUR/GBP dépendrait également d'autres facteurs : les taux directeurs de la Banque d'Angleterre et de la BCE, les perspectives de croissance, les finances publiques britanniques...
Pour les entreprises exposées à l'EUR/GBP, cette dimension est loin d'être secondaire. Un mouvement de quelques pourcents sur la livre peut modifier sensiblement le coût d'un achat en euros, le montant d'une facture convertie en livres ou la valeur des flux d'une filiale britannique. Plus le scénario d'un rapprochement avec l'UE gagnerait en crédibilité, plus les directions financières devraient donc intégrer une éventuelle appréciation de la livre dans leur gestion du risque de change.
À retenir
- 🇬🇧 Le Royaume-Uni ne prépare pas aujourd'hui une réadhésion à l'Union européenne, mais le sujet est redevenu politiquement envisageable.
- 🇪🇺 L'opinion britannique évolue : une part croissante des électeurs souhaite une relation plus étroite avec l'Europe, y compris au-delà des électorats traditionnellement pro-européens.
- 🤝 Plusieurs dirigeants européens se montrent ouverts à un rapprochement, même si une éventuelle réadhésion impliquerait de nouvelles négociations et ne permettrait pas nécessairement au Royaume-Uni de retrouver ses anciennes dérogations.
- 📦 Pour les entreprises, un rapprochement pourrait réduire certaines frictions commerciales : douanes, réglementation, logistique, mobilité ou accès aux marchés.
- 💷 La livre sterling pourrait également réagir à l'évolution de ce scénario, notamment face à l'euro. Les marchés pourraient anticiper les effets d'un rapprochement bien avant une éventuelle adhésion.
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Cet article a été rédigé par un expert Devyzz, avec plus de 10 ans d’expérience sur les marchés des devises. Devyzz est une FinTech spécialisée dans les paiements internationaux et la gestion du risque de change pour les PME et ETI.